1814, AUGEREAU et l’ARMEE de LYON : LIMONEST, une bataille oubliée :
Décembre 1813 : la campagne d’Allemagne s’est terminée par la défaîte de Napoléon et les alliés préparent l’invasion de la France. L’armée autrichienne passe par la Suisse, prend Genève le 30 et envahit le territoire français. L’Empereur prépare la Campagne de France, qu’il va conduire lui-même en Champagne et le 5 janvier 1814 il nomme le maréchal Augereau, duc de Castiglione commandant en chef de l’Armée de Lyon : Napoléon espère pouvoir créer une diversion venant du sud et diviser les forces alliées.

- Le Maréchal Augereau
Pendant que l’armée autrichienne de Bubna s’approche de Lyon, Augereau y arrive le 14 janvier : il constate que l’armée de Lyon est peu nombreuse et très mal équipée. Augereau descend à Valence, fait partir des renforts, revient organiser la défense de Lyon et obtient le repli des Autrichiens, qui ont manqué l’occasion de prendre la ville, qui était à leur portée.
Février 1814 : Augereau attend pour l’Armée de Lyon des renforts venant du sud prélevés sur l’armée de Catalogne du maréchal Suchet. ceux-ci rejoignent du 16 au 23 février. L’Empereur, en particulier par une lettre du 21 février, presse Augereau d’entrer en campagne, car il espère beaucoup de la diversion venant du sud.
L’Armée de Lyon fait mouvement vers le nord à partir du 17 février : la division Musnier en direction de Bourg-en-Bresse, la division Pannetier sur Mâcon. Elles convergent ensuite sur Lons-le-Saunier, atteignent Morez le 1° mars ; d’autres troupes se dirigent vers Genève.

- Chasseur à cheval lyonnais 1814
Mais les Autrichiens ont pris conscience du danger et détachent une armée vers le sud par la vallée de la Saône sur le flanc de l’armée de Lyon. Le 5 mars Augereau ordonne le repli sur Lyon et le redéploiement dans la vallée de la Saône. Le 11 mars la division Musnier en pointe se heurte aux Autrichiens supérieurs en nombre au sud de Mâcon : elle doit reculer sur Belleville. Le 18 mars bataille de St-Georges-de-Reneins : attaquée à la fois dans la vallée et sur la route venant de Beaujeu, l’armée doit se replier sur Limas , puis Limonest. Augereau y établit son quartier général au château de la Barollière.
Le 20 mars à l’aube le front autrichien s’étend de la Tour de Salvagny à Anse avec environ 56000 combattants. L’armée d’Augereau est disposée de Tassin à Couzon par Limonest et compte 16800 combattants. C’est la bataille de Limonest : les combats sont rudes sur le plateau de Dardilly et à Limonest. Des colonnes ennemies arrivent à contourner le massif des monts-d’Or et à s’y infilter : le général Musnier qui commande l’aile droite, de crainte d’être tourné, ordonne prématurément le repli sur Lyon, la bataille est alors perdue. Les autorités lyonnaises ne veulent pas défendre la ville et les Autrichiens entrent à Lyon le 21 mars. L’armée Augereau se replie en bon ordre vers le sud sur Vienne puis Valence. Le 8 avril parvient la nouvelle de la reddition de Paris, alors que les Autrichiens menacent Romans et Grenoble. Augereau signe alors le 12 une suspension des hostilités. Le 15 il est officiellement informé de l’abdication de Napoléon : le maréchal signe alors le 16 une proclamation de ralliement à Louis XVIII, que le maire de Lyon André d’Albon accueille avec satisfaction...

La bataille oubliée de Limonest a vu s’affronter près de 80000 combattants ; les pertes françaises sont d’environ 1000 hommes, celles des ennemis de 3000. Sur cet épisode le maréchal Augereau a été accusé de laxisme et de défection. C’est injuste, car c’était une mission impossible vu la supériorité numérique de l’ennemi ; il n’a pas trahi Napoléon, même si après sa chute, comme beaucoup, il s’est rallié au nouveau régime.
Source : Ronald ZINS - 1814, l’armée de Lyon ultime espoir de Napoléon - Horace Cardon 1998