Les ECHANGES HUMANITAIRES PAR LA SUISSE

Mardi 22 novembre 2016 // 10 : La GRANDE GUERRE 1914-1918

Les ÉCHANGES HUMANITAIRES ENTRE la RÉGION et la SUISSE en 1914-1918

Dès le début de la Grande Guerre, la Suisse, pays neutre, prend conscience du rôle que sa position entre la France et l’Allemagne va lui faire jouer. Le conseil fédéral et le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) s’organisent pour assurer les échanges humanitaires entre les deux belligérants.
La ville de Lyon, proche de la Suisse devient un acteur majeur des relations humanitaires avec la Suisse.

Les ITINÉRAIRES FERROVIAIRES en SUISSE
Ils relient la frontière allemande au nord à la frontière française à travers la Suisse.
De septembre 1914 à janvier 1917 l’itinéraire va de Singen (Schaffhouse) à Genève, puis Annemasse. En janvier 1917 les trains contournent le lac Léman pour aller jusqu’à Évian et enfin en novembre 1917 leur point de départ est transféré à Bâle.

JPEG - 565.7 ko
Itinéraires ferroviaires en Suisse

CIVILS DÉTENUS PAR L’ALLEMAGNE et ÉVACUÉS
Dès septembre 1914 les 2 pays décident de rapatrier les civils qu’ils retiennent. Ne sont concernés que les femmes et les hommes de moins de 17 et de plus de 60 ans. 22000 civils français sont ainsi évacués. Les civils arrivés à Genève prennent le tramway pour rejoindre Annemasse.
Par la suite les allemands vont procéder à des expulsions massives de civils belges et français des zones qu’ils occupent. Ce sont près de 500000 "bouches inutiles" dont 320000 habitants du nord de la France qui vont transiter par la Suisse.

Une bonne part de ce flot de réfugiés arrive à Lyon. Trois organismes sont mis en place pour accueillir et gérer ces rapatriés.
- Le "Bureau de renseignement des réfugiés belges et français" centralise les informations venues de Suisse et d’Annemasse ou Évian. Installé à l’hôtel de Ville, il traite aussi les demandes de rapatriement d’enfants.
- Le "Service de secours et d’assistance" de l’hôtel de ville de Lyon mis en place début 1915 avec le soutien de madame Herriot : assistance en allocations, en placement et en habillement. 25000 réfugiés y seront accueillis.

JPEG - 75.8 ko
Madame Herrriot et son équipe dans le grand salon de l’Hôtel de Ville

- Le "Comité de secours aux rapatriés" créé en 1917 par madame Gillet-Motte avec le concours de la Croix-Rouge. Situé au 2 bvd de Belges cet organisme assure la garde des enfants rapatriés et isolés.

PERSONNELS SANITAIRES
La convention de Genève impose les échanges de personnels sanitaires prisonniers entre belligérants. Sous la pression de la diplomatie suisse et du CICR les échanges débutent effectivement en juillet 1915. 3224 personnels sanitaires français sont rapatriés contre 900 allemands. Dans la dernière année de la guerre les échanges auront lieu régulièrement tous les 2 mois.
Les personnels français arrivés en gare des Brotteaux gagnent à pied le lycée du Parc (HC45). Les allemands regroupés au fort de Sainte-Foy vont à pied à la gare sous surveillance militaire.

GRANDS BLESSÉS de GUERRE
Suite aux interventions de la Suisse et du Vatican, un accord humanitaire est signé entre la France et l’Allemagne en février 1915 pour l’échange de prisonniers grands blessés ou malades. Le Croix-Rouge suisse est chargée de l’organisation des transferts.
Les convois sanitaires pour la Suisse partent de Lyon. Les blessés allemands sont regroupés à Gerland dans l’enceinte de l’exposition internationale, examinés par des médecins français sous contrôle de médecins suisses avant d’embarquer discrètement en gare des Brotteaux.
Le premier convoi de blessés français venant de Suisse arrive le 2 mars 1915 ; il est accueilli avec les honneurs par les autorités militaires et civiles. Par la suite 160 autres trains sanitaires rapatrieront des blessés français.

INTERNEMENT en SUISSE
La crainte de rendre à l’ennemi des hommes qui pourraient redevenir soldats freine le rapatriement des blessés. Une solution humanitaire intermédiaire consiste à créer en Suisse des lieux d’internement pour les blessés moins gravement atteints et pour les malades. Soutenu par le Vatican ce projet aboutit en janvier 2016. L’internement est organisé par le service sanitaire de l’armée suisse. Le coût de l’hébergement est assuré par les pays d’origine des intéressés.

Les internés doivent travailler selon leurs aptitudes et sont rémunérés.
127 sites sont affectés aux internés français, britanniques et belges en Suisse romande. En janvier 2017, 16000 français sont retenus en Suisse. Les accords de Berne d’avril 1918 accélèrent le processus de libération de certaines catégories de militaires. Au total 37515 français militaires et civils ont été internés en Suisse.

En sens inverse 10000 allemands prisonniers ont transité par Lyon. L’embarquement se fait de nuit en gare des Brotteaux. Accueillis à Genève par la Croix-Rouge, les futurs internés sont dirigés vers Zurich et répartis dans des sites d’internement en Suisse allemande.

Source : Roland Racine - Lyon 14-18 - Sutton 2015 / carte François Lescel