Le SIEGE de LYON en 1793

Mercredi 31 août 2011 // 5 : REVOLUTION et SIEGE de LYON

LE SIÈGE DE LYON en 1793 :

AVANT LE SIÈGE, JACOBINS et MODÉRÉS
Au début de l’année 1793 la ville de Lyon est divisée politiquement entre les "clubs" (jacobins extrémistes) et les "sections" plus modérées. La municipalité jacobine (maire Antoine-Marie Bertrand) est de plus en plus radicale, poussée par l’ultra-révolutionnaire Chalier, président du tribunal du district. Dès février des troubles éclatent : pillage du club des Jacobins, occupation de l’Arsenal par les sections...
En avril le conseil général de la Commune décide de la création d’un Comité de Salut Public commun à la Commune, au district et au département. La tension politique augmente de jour en jour. Le 14 mai des représentants de la Convention de passage à Lyon suscitent une réunion des corps administratifs, qui déclarent la "Patrie en danger" devant les troubles en Vendée, décident la levée d’une armée révolutionnaire lyonnaise, d’un emprunt forcé sur les riches, la proscription des journaux et demandent la création d’un tribunal révolutionnaire... Les modérés dénoncent la tyrannie qui s’installe et dans les jours qui suivent un décret de la Convention semble leur donner raison.

De L’INSURRECTION À LA RÉBELLION
Les 2 partis prennent alors les armes et le 29 mai 1793 les sections modérées basées à l’arsenal et commandées par Madinier passent à l’assaut et s’affrontent violemment avec les jacobins qui défendent l’hôtel de ville avec l’aide de bataillons de soldats. La fusillade dure jusque vers 19h. À l’aube du 30 mai les sections investissent l’hôtel de ville déserté par ses occupants. Les pertes humaines de cette journée insurrectionnelle s’élèvent à environ 100 tués et 300 blessés. Les principaux jacobins, dont Chalier sont arrêtés. Une municipalité provisoire s’installe (maire Coindre). Le 31 devant les représentants de la Convention et le général Kellermann, chef de l’armée des Alpes, les lyonnais affirment leur attachement à la République et à la Convention.

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L’insurrection du 29 mai 1793 place des Terreaux

Malheureusement la situation politique va évoluer en sens inverse entre Lyon et Paris. Deux jours après, dans la capitale, sous la pression populaire les Montagnards extrémistes éliminent leurs adversaires Girondins plus modérés. Un certain nombre de départements, dont Lyon et Marseille dénoncent un déni de démocratie et demandent que la Convention se réunisse en dehors de Paris. Les nouvelles autorités lyonnaises ont beau protester de leur zèle républicain, elles sont immédiatement suspectées de menées contre-révolutionnaires, voire royalistes...Dès le 25 juin une expédition est envoyée en Forez pour assurer à la ville tout le ravitaillement possible. Le 29 juin une fête patriotique a lieu place de la Fédération (Bellecour) : on y affiche le zèle de la République, de la liberté, mais aussi le refus de la dictature.

La RUPTURE
Les sections créent une Commission populaire du département de Rhône-et-Loire présidée par Gilibert. Le 4 juillet, espérant le concours d’autres départements, elle rompt avec la Convention et commence à préparer la défense de la ville. Le 8 la Commission nomme général en chef le citoyen Perrin de Précy ; ses lieutenants sont tous des royalistes, dont le comte de Virieu ancien député à la Constituante. Le 12 la Convention déclare la ville en état de rébellion. Le 14 juillet une prise d’armes de l’armée de Lyon a lieu place Bellecour.
Le lendemain se déroule le procès de Chalier : il est condamné à mort. La rupture est définitivement consommée le 16 juillet par l’exécution de Chalier, place des Terreaux sur la guillotine qu’il avait fait venir...
Dès lors la ville se prépare à la guerre. L’artilleur Chénelette implante des redoutes dans certaines maisons, devant les remparts en mauvais état de Fourvière et de la Croix-Rousse, au pont d’Oullins et surtout au débouché du pont Morand. Sur les 12000 hommes de l’Armée de Lyon, seulement 3500 sont aguerris dont 4 à 500 cavaliers.

LYON ASSIÉGÉE
L’ordre d’attaque est donné le 4 août. L’armée conventionnelle aux ordres de Kellermann forme 3 colonnes partant de Bourg (général Petit-Guillaume), Mâcon (général Rivas) et Bourgoin (général Vaubois). Une 4ème colonne venant de Haute-Loire (général Nicolas) doit reprendre St-Etienne et Montbrison. Le 8 un premier échange de tirs a lieu contre l’avant-garde à la Croix-Rousse. Le siège de Lyon est commencé, mais la ville n’est pas complètement encerclée, l’ouest restant encore ouvert.

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Assaut sur le plateau de la Croix-Rousse

Les premiers assauts ont lieu sur le plateau au nord de la Croix-Rousse ; les lyonnais résistent, contre-attaquent avec acharnement et maintiennent les troupes de la Convention à bonne distance des remparts. Un artilleur, Gingenne, se distingue avec sa batterie, tout au long du siège. La défense de la redoute Chénelette au débouché du pont Morand, soutenue par l’artillerie de la colline résiste à l’artillerie de l’assaillant.

LYON BOMBARDÉE
Kellermann et les représentants de la Convention Dubois-Crancé et Gauthier sont installés au château de la Pape. Les représentants décident le 12 août de partager le département de Rhône et Loire en créant un département de la Loire avec Feurs comme chef-lieu provisoire. Devant la résistance de la ville, ils contraignent Kellermann à organiser le bombardement de la ville à partir de la plaine des Brotteaux et de Caluire. Le feu commence le 22 août au soir, puis le 24, la ville reçoit des milliers de boulets, bombes et projectiles incendiaires. La résistance ne faiblit pas malgré les victimes et les lyonnais font face aux nombreux incendies, dont celui de l’Arsenal. Le feu reprend les nuits du 29 et 30 août. Une attaque lancée de Limonest enlève la redoute de la Duchère, qui permet le bombardement du faubourg de Vaise par les Conventionnels. Le 14 septembre la ville est autorisée à évacuer les bouches inutiles et accueille le dernier convoi de vivres du Forez. En effet le 17 septembre le bouclage de la ville est complet : 60000 hommes assiègent Lyon.

LA FIN DU SIÈGE
Deux jours plus tard Kellermann, jugé trop mou par les représentants de la Convention, est renvoyé en Savoie à l’Armée des Alpes et remplacé par Doppet qui arrive le 26. Celui-ci est chanceux, car une défection a livré la redoute de Sainte-Foy, qui peut alors bombarder le quartier de Perrache. L’assaut général est lancé les 28-29 septembre de tous côtés : le pont de la Mulatière tombe et la pointe de la presqu’île est envahie. Précy à la tête de sa cavalerie charge sur la chaussée Perrache et les terrains avoisinants et repousse ses adversaires au delà du pont.

Les pertes des lyonnais ne sont plus compensées et la disette s’installe malgré le rationnement rigoureux : le moral des assiégés faiblit.
L’attaque générale du 8 octobre est difficilement contenue. Précy se rend compte que la résistance est vouée à l’échec ; il tente le lendemain 9 octobre une sortie en force par Vaise avec 1000 hommes et 200 cavaliers. Cette sortie est un cauchemar : l’arrière-garde commandée par Virieu est massacrée entre Vaise et St-Rambert. Talonnés par l’armée conventionnelle et harcelés par les paysans, le gros de la colonne passe par St-Cyr-au-Mont-d’Or, Poleymieux, les Chères, Alix, Theizé, Oingt, jusqu’à St-Romain-de-Popey : presque tous sont massacrés. Rares sont ceux qui pourront s’échapper en se perdant dans la nature, comme Précy.

LES REPRÉSAILLES
La ville est occupée par l’armée de la Convention qui décrète le 12 octobre "Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus". La ville doit être détruite et porter le nom de "Commune Affranchie". Les démolitions sont symboliques et concernent les façades de la place Bellecour, le château Pierre-Scize...
Les représentants de la Convention Collot d’Herbois et Fouché viennent accélérer la répression sur les personnes : c’est la "Terreur Rouge". Jusqu’en avril 1794, 1876 lyonnais de toutes conditions sont condamnés à mort et exécutés soit sur la guillotine place des Terreaux, soit par fusillade ou mitraillade. Les exécutions de masse ont lieu aux Brotteaux les 4 et 5 décembre par canons chargés à mitraille faisant 271 victimes.

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Deuxième liste de condamnés à mort (décembre 1793)

L’âge moyen des condamnés est de 42 ans, de 16 à 80 ans. Sur l’ensemble 10% sont des nobles, 7% sont membres du clergé, 2 % sont des femmes. Les militaires comptent 97 condamnés, les gendarmes 25, les hommes politiques (conseillers municipaux) sont 29, les hommes de loi 104, les petits fonctionnaires 40, les enseignants 25, les métiers de l’alimentation 170, les métiers du textile 316, les artisans 155, les professions de santé 32, les domestiques, commis, affaneurs 40, artistes et musiciens 13... Parmi les victimes l’urbaniste Morand, le juge de paix Ampère père du physicien...

LA MÉMOIRE DU SIÈGE
Sous la Restauration, un monument commémoratif du Siège en forme de pyramide recueille les ossements des victimes des Brotteaux ; il accueille les restes de Précy en 1821. Ce monument situé rue Vendôme sera démoli en 1906 pour créer la rue de Créqui et l’ossuaire transféré dans la crypte d’une chapelle de style roman-byzantin construite en 1901 (architecte Pascalon) tout près rue de Créqui. La photo ci-dessous a été prise pendant les quelques années de coexistence des deux monuments. Cette chapelle consacrée à la Sainte-Croix en 1906 garde le souvenir des victimes du Siège de Lyon, dont les noms sont affichés avec leur âge et leur profession. Propriété d’une association, elle est desservie aujourd’hui par la "Famille missionnaire de Notre-Dame".

Article en cours de modification
Sources : Edouard Herriot -Lyon n’est plus - 3 tomes - Hachette 1937 / Revue Soc.Hist.Lyon Rive Gauche / Guy Bérat - Lyon fit la guerre à la liberté - Généalogie & histoire n°127 / Costa de Beauregard - Le roman d’un royaliste (de Virieu) - Plon-Nourrit 1892