Le CHÂTEAU et FORT LAMOTTE (Lyon)

Samedi 14 mai 2011 // 16 : FORTERESSES, FORTIFICATIONS, CASERNES et CAMPS MILITAIRES

CHÂTEAU et FORT LAMOTTE (LAMOTHE)- QUARTIER SERGENT BLANDAN :

Cette emprise militaire du 7° arrondissement de Lyon se distingue par une riche histoire. Sur la rive gauche du Rhône, il existe un certain nombre de petites éminences naturelles : le nom de celle qui nous intéresse, aussi écrit LA MOTTE ou LAMOTHE vient du fait qu’elle a très probablement porté une "motte" féodale (XI°-XII° siècles). Située au sud-est du faubourg de la Guillotière, elle devait contrôler le nœud routier des communications vers l’est et le sud.

LE CHÂTEAU :
Le château est mentionné pour la première fois en 1476, le châtelain est alors Jean de Villeneuve. Son petit-fils Charles, baron de Joux vend la seigneurie en 1530 à maître Hugues Dupuy, procureur, qui se titre seigneur de la Motte en 1554. Château et seigneurie sont transmis par héritage en lignes féminines. Vers 1602, les Platel de Vaux et Bourdon de Chazottes se partagent la seigneurie. Les uniques descendantes Platel, religieuses, cèdent leurs droits à leur couvent Sainte-Elisabeth de Bellecour. Quant à la part Bourdon, elle passe après des transactions successives à Jacques de Laube qui vend en 1687 sa part à cette même maison religieuse.

JPEG - 38.3 ko
château de la Motte par Leymarie

Entre temps le château accueille des hôtes illustres. Le 6 juin 1556 le cardinal-légat Caraffa, neveu du pape Paul V y loge. De même Marie de Médicis y séjourne le 3 décembre 1600, avant son entrée solennelle à Lyon et son mariage avec Henri IV à la cathédrale Saint-Jean. Le château est à nouveau le lieu de réunion et le point de départ des festivités pour la réception de Louis XIII (11 décembre 1622) venu de Montpellier rejoindre à Lyon les deux reines, sa mère et sa femme. En 1642, c’est Gaston d’Orléans qui loge au château.

LE FORT :
Le couvent Sainte-Elisabeth conserve ses biens jusqu’à la Révolution ; le château et son domaine devient alors bien national : en 1791 il est vendu 13000 livres au sieur Verdet. Le propriétaire est par la suite M° Ducreux avoué à Lyon. En 1831 ce dernier est exproprié pour 249000 F par l’autorité militaire. En effet, le roi Louis-Philippe a chargé le maréchal de camp Rohault de Fleury de fortifier la ville de Lyon ; pour protéger l’extension de l’agglomération sur la rive gauche du Rhône, il fait construire une ceinture de forts, dont le fort La Motte édifié de 1832 à 1848 et orienté vers l’est. Rohault de Fleury préserve heureusement le château, en l’englobant dans le bastion sud-ouest du fort, ce qui donne au plan de ce bastion une forme quadragulaire. De ce fait le château est le seul conservé de la rive gauche du Rhône (Montvert, les Tournelles, Montchat disparus, Champagnieux inclus dans l’hôpital St-Jean-de-Dieu...). Le fort La Motte abritait le commandement du secteur fortifié oriental de la ville et le château le logement des officiers.

JPEG - 25.1 ko
plan original du fort La Motte

LA CASERNE :
Avec l’augmentation de la portée de l’artillerie, les forts du type Rohault de Fleury deviennent obsolètes. A partir de 1873, une nouvelle ceinture de forts plus éloignés est construite selon les concepts du général Séré de Rivières. Les travaux sont suffisamment avancés pour qu’en 1884, le fort La Motte soit déclassé : son fossé ouest est remblayé et remplacé par une grande esplanade fermé à l’ouest par une très longue caserne de 230 m de long. D’autres bâtiments sont construits sur le cavalier du fort, qui devient une caserne de la garnison. Beaucoup d’unités y séjournent. Deux bataillons du 52° RI en 1889 ; la partie principale du 96°RI en 1890-1896 et celle du 99° RI y est logée en 1905-1914.

JPEG - 7.4 Mo
Le 99° RI réuni en 1906

Après la guerre, le 99° RI ou sa partie principale est à nouveau hébergée au quartier Lamotte.

LE QUARTIER SERGENT BLANDAN :
En octobre 1942, à l’occasion du centenaire du combat de Beni-Mered, la caserne la Motte est rebaptisée caserne Sergent Blandan. Dans les années 1950, la CRT8 (Compagnie Régionale du Train), la 8° SIM (Infirmiers Militaires) y sont logées. En 1964-68 elle accueille le 99° RI, puis en 1968 le GMR5 (Groupement des Moyens Régionaux) regroupe les éléments du train, de la Santé, des transmissions, la musique... Le GMR5 devient en 1984 GMR5/22° RI redevenu par la suite 22° RI. Le quartier loge aussi la 2° compagnie du 45° Régiment de Transmissions de Montélimar qui gère les centres de transmissions de la CMD de Lyon. Le château abrite également depuis 1959 de manière inconfortable un centre de recrutement de la Légion Etrangère. Dans les années 2000, l’armée abandonne progressivement les bâtiments, la grande caserne est occupée par la police, puis encore aujourd’hui par l’Unversité Lyon 2 et le CROUS.

JPEG - 39 ko
Vue aérienne du quartier
JPEG - 41.6 ko
La grande caserne en 2012

LE PARC BLANDAN :
L’ensemble du quartier est acquis par le Grand Lyon en juillet 2007 pour 15 millions d’euros et fait l’objet d’un projet de rénovation urbain et paysager, le "parc Blandan". Les espaces libres sont envahis par la végétation et le château est bien dégradé. Début 2012 11 bâtiments sont promis à la démolition. En septembre 2013 le parc est inauguré. La grande caserne toujours universitaire est séparée de l’esplanade par une longue grille. La muraille est et les 2 bastions est du cavalier du fort ont été dégagés et rénovés, avec une vaste pelouse baptisée "Plaine des douves".

JPEG - 46.6 ko
la façade est du fort en 09/2013

La clôture le long de la rue du Repos a été abattue et les murs du bastion sud-ouest en partie dégagés, rendant le château mieux visible.

JPEG - 59.7 ko
le château en 09/2013

Source : Jean-Pierre Philibert - Le château de la Motte - Conférence 2001 / augmenté 02/2012 - 09/2013